ENTREPRENDRE, Marketing

Du petit au grand changement : (ré)inventer son travail

C’était le thème de la rencontre LES INFORMELS organisée au mois de juin à Rouen par l’APEC en partenariat avec L’Express. Le principe de ces after-works est de permettre aux cadres de se rencontrer et de parler entre eux autour d’une thématique donnée. Pour cette édition 2017, j’ai eu le plaisir d’être invitée en tant que témoin pour témoigner de mon parcours et plus précisément sur mon changement de carrière. Diplômée d’un master en management, je suis rentrée dans la banque à peine sortie de l’école de commerce qui m’avait formée. Cinq ans après je devenais formatrice et commençais ce blog, s’en sont suivis les guides marketing publiés aux éditions Eyrolles. C’est cette histoire toute simple – et pourtant si significative aux yeux de cadres actuellement salariés – que j’ai racontée aux participants s’asseyant autour de la table qui m’était attribuée. Je disposais de vingt minutes seulement pour leur parler de mon expérience et pour répondre à leurs questions. Vingt minutes c’est trop court pour tout dire ou même tout synthétiser tellement les détails sont nombreux mais c’est ainsi que le thème de la rencontre a pris tout son sens : c’est en effet la somme de tous ces petits changements qui mis bout à bout, année après année, m’a permis d’effectuer ce grand changement de statut.

Parmi les participants, il y avait des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes, des cadres toujours en activité et d’autres en recherche d’emploi, des personnes qui avaient déjà bien roulé leur bosse. Un réfractaire au changement m’a tout de suite prise de front et m’a décontenancée. Je ne comprenais pas bien pourquoi il venait à cette rencontre s’il refusait de se remettre en question. Il avait indéniablement une belle expérience derrière lui, il avait été contraint de rentrée en France suite au décès de son père et retrouver un emploi était difficile pour lui malgré toutes ses compétences. Il refusait de se remettre en question, d’accepter qu’il faille recommencer de zéro. Et pourtant on ne recommence jamais de zéro. Capitaliser sur ses acquis et identifier les compétences transposables d’un métier à un autre est l’une des étapes à suivre pour se réorienter. Le questionnement quant à lui est sain et permanent : que faire ? comment m’y prendre ? par où commencer ? serais-je à la hauteur ? Il n’y a pas de changement possible sans questionnement. Les réponses ne sont d’ailleurs pas immédiates : elles peuvent mettre du temps à nous parvenir. Se faire aider dans ce cheminement est primordial (coach, psychologue, associations, APEC, réseaux…). Les avis des professionnels ou d’autres dans des situations similaires sont toujours bons à prendre et c’était bien le but de cette rencontre.

La soirée commençait donc un peu fort pour moi, n’ayant pas vraiment su gérer cette personnalité. Heureusement d’autres plus ouvertes ont suivi. Leurs remarques m’ont aussi fait prendre conscience d’éléments dont je n’avais pas forcément vu l’importance à leurs yeux n’étant plus moi-même dans une période de réflexion sur une reconversion. J’avais vécu la mienne de façon un peu forcée – m’a fait remarqué un participant sur ma droite – c’était vrai : à l’époque mon licenciement  (après celui de mon mari) m’a obligé à chercher autre chose. Je savais que je ne pouvais plus travailler en banque, il fallait changer complètement de métier et à cette période je me rappelle m’être posée les questions : qu’est-ce que je sais faire ? comment mes compétences peuvent-elles servir dans d’autres domaines ? Il y a 7 ans, je n’avais pas été accompagnée, j’avais juste activé mon réseau comme on dit et profité de mon DIF (CPF désormais) pour me crédibiliser dans le nouveau métier vers lequel je m’orientais : la formation. Le licenciement de mon mari et le mien ont été indéniablement des électrochocs dans nos vies. Nous avons perdu des amis, notre naïveté déjà bien maigre. Deux années à ramer et le soleil qui revient finalement.  Mon mari et moi avons compris malgré nous que l’essentiel n’est pas l’emploi mais le travail. Nous n’avons plus peur d’une telle situation car elle n’a pas eu raison de nous. Le licenciement n’est pas un échec ni une fatalité, juste une réalité. Sans lui je ne serais pas là même aujourd’hui. Il y a des expériences qu’on  préférait ne pas avoir vécues mais la vie ne nous donne pas le luxe du choix. Peggy André, entrepreneuse et créatrice de la marque française Cool and the Bag, écrit avec force et résonance sur la question du “comment” : Faut-il vivre un événement dramatique dans sa vie pour apprendre à lâcher prise ?

De ces échanges, un autre mot est revenu à chaque tour de table. Le mot SENS semblait en effet omniprésent. Ces gens autour de moi – pour la plupart – ne voyaient plus de sens à leur emploi. Avant même un nouveau boulot, c’est un sens à leur vie qu’ils cherchaient. A quoi ou à qui pouvaient-ils servir ? Et la réponse ne se terminait pas par “actionnaires” ou “grand groupe”. Peu ont posé des questions sur la partie financière à croire que l’argent n’était pas l’élément clé dans leur réflexion. J’imagine que quand le changement s’impose, l’argent n’est pas pris en considération. Quand on a encore le choix de rester à un poste sécurisant alors la peur de perdre son salaire mensuel est indéniablement une raison de rester et de ne pas partir à l’aventure. La présence de ces cadres en réflexion à la soirée étaient l’un de leurs premiers pas vers leur nouvelle vie. Ma curiosité me frustre : je ne saurai jamais combien sauteront le pas, combien oseront, combien accepteront de ne pas avoir toutes les réponses à leurs questions et surtout combien s’épanouiront enfin….

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