ENTREPRENDRE, Parcours

PARCOURS : ELLE DEVIENT PAYSANNE HERBORISTE

Je vous le disais dans l’article paru sur le blog Et si deux mains, j’ai grandit au milieu de la nature avec un père pour qui le monde végétal et forestier était son royaume. Comme beaucoup, passée mon bac, j’ai pris le chemin de la ville, j’y ai adoré ma vie de sortie et d’études. Ce n’est que depuis récemment, que j’éprouve le besoin de me reconnecter avec cet élément naturel qui a bercé mon enfance et construit finalement les fondements de ce que je suis aujourd’hui.
C’est donc logiquement que j’oriente de plus en plus ce blog dans cette direction. En liant l’entrepreneuriat et les valeurs qui me sont propres, je sélectionne désormais des femmes aux parcours s’inscrivant dans une démarche responsable et souvent au plus près de la nature, privilégiant le bien-être et le développement d’un savoir-faire, souvent délaissé. Nombreux sont les métiers manuels qui attirent à nouveau : savonnier, céramiste, fileuse, et herboriste comme Anne dont j’ai découvert le joli blog Tisane d’un soir récemment. Elle vous parle ici de son parcours et de son retour à la nature.
1. Qui se cache derrière “Tisane d’un soir” et quel est votre parcours ?

Tisane du Soir  est un blog que j’ai ouvert quand j’ai commencé ma formation agricole il y a un peu plus de quatre ans. Je venais de finir une année de transition où j’étais saisonnière en station de ski après avoir vécu quatorze mois au Canada.


J’ai fait des études en tourisme de nature et événementiel sportif. J’ai passé un BTS tourisme puis une licence pro sports de nature et j’ai fait un Master 1 événementiel sportif dans une fac puis un Master 2 tourisme et gestion des sports de nature dans une autre. Au final, j’ai peu travaillé dans le domaine de mes études. J’ai été auto entrepreneuse un moment. J’étais alors rédactrice web pour des sites de voyage d’aventure et de trekking. Quand je suis partie au Canada avec un PVT, j’ai ouvert un blog qui racontait mon voyage. Au Canada, j’ai alterné les périodes de voyage et les périodes en volontariat. J’ai travaillé dans un resort familial au milieu de la forêt boréale du Manitoba, dans un jardin botanique sur l’île de Vancouver, dans une ferme dans les prairies du Manitoba, dans un hôtel équitable à Québec, chez des mushers au Yukon.


En rentrant, j’ai pensé vivre de mon blog et de mes photos puis finalement l’appel des plantes a été plus fort.

2. Comment est née l’idée de commencer une nouvelle vie à la ferme entre les Alpes et la Provence ? Pourquoi cet attrait pour l’herboristerie ? Et qu’est-ce que cette pratique plus en détail ?
J’ai pendant toute ma vingtaine oscillé entre vie en ville et vie à la campagne. Quand je suis rentrée du Canada, mon choix était fait, je voulais m’installer à la campagne et plus particulièrement en montagne. Bien qu’ayant grandi à Marseille et Paris, j’ai une attirance pour la montagne depuis mon enfance. Je passais de nombreuses vacances dans les Hautes-Alpes et j’y ai de la famille. J’ai eu l’opportunité de m’installer en Savoie où mon attrait pour les plantes médicinales s’est formé. Je vivais en lisière de forêt dans un petit hameau. J’ai commencé à m’intéresser à la botanique et aux usages des plantes. Tout se mettait en place dans ma tête, le potager, la cueillette, se nourrir localement, se soigner avec les plantes. Ma vie de saisonnière ne me satisfaisait pas. J’ai profité d’être un peu paumée professionnellement pour me lancer dans une formation agricole pour adultes près de Grenoble. J’ai ensuite intégré l’Ecole des Plantes de Lyon que je suis en train de finir.
L’herboristerie est une pratique médicinale qui s’appuie sur les plantes. J’ai assez vite trouvé cela plus simple de soigner de petits maux quotidiens par les plantes plutôt que par des médicaments. L’herboriste propose des plantes sous différentes formes : infusion, alcoolature, huiles essentielles et hydrolats, macérats huileux, baumes etc. Pour le moment en France ce métier n’est plus reconnu mais nous sommes de plus en plus nombreux à nous élever pour faire reconnaitre de nouveau notre métier.

Je fais partie des paysans herboristes.. Nous sommes des producteurs de plantes médicinales qui conseillons aussi. Des personnes viennent me voir car elles savent que la plupart de mes plantes que je leur propose sont issues de ma ferme et de la cueillette. Quand je n’ai pas les plantes nécessaires ou la forme adéquate, elles me font confiance pour que je leur propose des plantes d’autres producteurs ou de petits laboratoires.

 
3. Vous vivez donc au contact de la nature, en quoi ce mode de vie vous semble-t-il aujourd’hui primordial ? En quoi selon vous vivre auprès de nature, nous apprend à mieux nous connaître ?
Oui mon métier est complètement dépendant des rythmes des saisons. Je n’ai jamais la même activité selon le mois et j’ai souvent le nez sur les sites météos. Ce que j’apprécie le plus, c’est ce changement de rythme permanent et de vivre avec le soleil. En hiver, mes journées sont plus courtes parce que le soleil se couche tôt. Progressivement, il se couche de plus en plus tard et cela correspond aussi à une augmentation de travail pour moi dans mes activités agricoles. C’est qu’il se passe en ce moment. J’aime cette impermanence.

Je ne sais pas si vivre près de la nature permet de mieux nous connaitre mais en tout cas cela permet de relativiser. Quand on comprend que tout revient inlassablement tous les ans sans que ce soit toujours la même chose, cela permet de mieux faire face à nos prises de tête, nos angoisses et nos stress. Je sais que tous les ans les arbres au printemps vont avoir de nouvelles feuilles et de nouvelles fleurs, par contre la date n’est jamais la même et cela ne veut pas forcément dire qu’il y aura des fruits. Tout revient mais jamais de la même façon.

4. Votre blog – aux très belles photos – apparaît comme un journal de bord de votre nouveau projet de vie, en quoi est-il un outil important pour vous ?

Oui c’est exactement comme cela que je l’ai pensé quand je l’ai ouvert : un journal de bord pour raconter ma nouvelle vie agricole. Je n’écris pas autant que ce que j’ai dans ma tête à partager car mon métier d’agricultrice laisse peu de temps pour me poser sur mon ordinateur. Tisane du Soir est également un excellent média pour faire découvrir au public mon travail photographique. J’y expose des photos de plantes, de voyage, de paysages et bien sûr de la vie à la ferme. C’est ce dernier sujet que j’explore de plus en plus notamment avec mon Canon AE1, un appareil argentique mais ne cherchez pas ces photos sur le blog, je ne les ai pas encore numériser.

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