CREER, VIVRE SLOW

Avril : on se met à la gravure de tampons

Quand je pense aux premiers pas de la communauté des Entrepreneuses Créatives, je pense à certaines d’entre elles qui m’ont marquée. Nous n’avions pas l’exposition que nous avons aujourd’hui, nous n’avions pas écrit de livres, nous avions tout à prouver et pourtant plusieurs nous ont fait confiance dès le départ. Beaucoup de ces entrepreneuses témoignent dans la première édition de de notre guide “Vendre et mettre en avant ses créations (aux ed. Eyrolles – actuellement épuisé – seconde version en ebook en attendant la prochaine !). Parmi elle, figure Fabienne connue sous le nom de La Fabutineuse. Cette fois je ne l’ai pas contacté pour parler business mais pour lui poser des questions sur son activité manuelle : la gravure de tampons. En ce mois d’avril, je vous propose donc de découvrir le quatrième post d’une série de douze à retrouver ici tout au long de l’année 2018 : Une année pour s’initier.

  1. D’où cette pratique vient-elle ? Comment as-tu découvert et commencé la gravure de tampon ? En quoi cela consiste ?

La gravure en relief est une technique qui existe depuis très longtemps, « La vague de Hokusai » par exemple est une gravure réalisée à partir de plaques des bois. Il s’agit de creuser des surfaces (bois, linoléum, gomme) en laissant en relief le dessin que l’on souhaite avoir en impression. Que ce dessin fasse 3 cm ou 30 cm, le principe est le même. Pour les tampons on utilise préférentiellement de la gomme à graver, pour les format plus grand, il vaut mieux du linoléum ou du bois. On dépose de l’encre sur le support gravé, avec un encreur mousse ou un rouleau, et le dessin gravé passe sur le papier pour un résultat imprimé. On a donc le dessin à l’envers de celui gravé.

J’ai toujours admiré les gravures, les bois gravés en format cabochon, que l’on trouve dans les anciennes éditions Arthème Fayard des années 40, ou le merveilleux travail de Raoul Dufy en gravure sur bois sur le bestiaire d’Apollinaire.

N’ayant pas fait d’études d’art, bien que pratiquant beaucoup le dessin et ayant pris des cours autour de la couleur, cette technique me paraissait un peu inaccessible. En 2010 j’ai découvert la gomme à graver, en France très peu de personnes faisaient des tampons. J’ai donc d’abord abordé la gravure par le côté ludique des tampons, ce qui est le plus facile. Et par mes recherches Internet j’ai découvert qu’au Japon il y avait un nombre incroyable de créatrices de tampons, la gravure fait partie des apprentissages scolaires comme la peinture chez nous. J’ai été de suite conquise par cette technique. J’ai eu ensuite l’envie d’élargir la discipline à la gravure sur linoléum. Au départ par tâtonnements sans trop accrocher sur les grands formats monochromes. J’aime les couleurs, et dans l’impression sur lino uniquement en une couleur je me sentais à l’étroit. Par ailleurs j’aimais la gravure de tampons pour l’utilisation des couleurs. Ce n’est que plus tard en 2016 lors d’une rencontre d’un artiste breton Claude Huart que j’ai eu ce déclic d’oser faire des gravures à plusieurs couleurs. Cet artiste peintre graveur réalise des gravures en réduction, avec plusieurs couleurs, qui sont merveilleuses. Sa rencontre fut essentielle dans mon approche de la gravure. J’ai passé plusieurs heures avec ce monsieur qui fut quand même le directeur des beaux-arts de Lorient. En toute simplicité il m’expliquait qu’il ne réfléchissait pas trop au sujet, qu’il dessinait ce qu’il avait sous les yeux, qu’on pouvait très bien oser et faire avec peu. Cela fut le déclencheur de mon émancipation vers des plus grands formats de gravure à plusieurs couleurs que j’imprimais de façon laborieuse au départ à la cuillère. Ça a abouti à un achat de presse à rouleaux l’an dernier, cela facilite quand même l’impression des grands formats. Le tampon reste cependant un support que j’aime et que je mêle même à mes gravures. J’aime aussi beaucoup l’impression textile avec les tampons. Le petit format me convient pour la réalisation de compositions.

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  1. De quel matériel a-t-on besoin pour commencer ? Où peut-on exercer cette discipline ? Dans quelles conditions ? 

Pour débuter, il faut des outils de gravure et un support de gomme à graver. Les outils sont des gouges, une gouge fine en V et des gouges en U pour creuser. Il existe des kits de débutant à moins de 10€ qui permettent de graver. Pour la gomme, on peut tester sur des gommes d’écoliers, mais il existe quand même des gommes spéciales pour gravure de tampons qui facilitent la qualité du travail rendu. J’ai la chance d’avoir un partenariat depuis 2016 avec une marque de gommes japonaises Hinodewashi, qui est quand même le matériau vraiment adapté pour les tampons, une belle qualité de gravure, une belle épaisseur pour une bonne tenue en main. Tous mes ateliers de gravure sont proposés avec cette gomme et les participantes voient une différence de qualité de résultat.

Pour réaliser des tampons, on n’a pas besoin de savoir dessiner pour se lancer. Pour des projets personnels, on peut très bien utiliser des motifs existants et les décalquer pour les reproduire sur la gomme. Ensuite on peut vraiment s’amuser à faire des motifs, sur papier pour des jolies cartes, des décorations diverses, sur tissu, même sur vêtements, il existe des encres qui, une fois fixées au fer à repasser se lavent facilement.

Je préconiserai quand même de débuter par une initiation en atelier, mais on peut trouver des tutos en vidéos. Ou même dans le livre que j’ai réalisé avec Eyrolles (Tampons gravé : motifs en voyage), il y a une partie technique importante dédiée à la gravure, les outils, les étapes, et des projets à réaliser.

J’ai débuté sur une table dans mon salon il y a 8 ans, alors je crois qu’on peut graver aisément partout. Les précautions sont surtout sur l’âge minimum, les outils étant coupants, je ne recommande pas avant 10-11 ans. Je propose régulièrement des ateliers d’initiation à la gravure, il m’est arrivé d’avoir des jeunes de 11 ans qui gravaient à la fin presque mieux que des adultes.

  1. Quels sont les bienfaits de cette activité créative ? Qu’en disent les personnes à qui tu le fais découvrir ? En quoi cette discipline se distingue des autres que tu manies déjà ?

Le côté ludique du tampon plait à tout le monde. Je pense aussi qu’il y a beaucoup de surprises à la fin d’un atelier d’apprentissage, car quand les gestes sont là, le résultat est très vite présent et plaisant. Les personnes qui découvrent osent vite se lancer dans d’autres motifs et parfois se surprennent elles-mêmes. La gravure a un côté apaisant, mais c’est aussi dense en concentration, un peu comme la couture. En même temps c’est magique de découvrir le motif une fois qu’on l’a gravé. Le résultat est souvent plus intéressant qu’un dessin, car même sans dessiner l’impression est intéressante graphiquement. Et quand on s’amuse à répéter les motifs, à réaliser des compositions, on se rend compte des potentialités de l’impression et c’est à ce moment-là qu’on est mordu.

La gravure rend une impression plus graphique qu’un dessin, il est intéressant de travailler sur les couleurs, le graphisme, la composition.

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  1. Quels sont les 3 raisons pour lesquelles tu recommanderais de s’initier à la gravure de tampon en 2018 ? 

Aujourd’hui je pense qu’on essaye chacun à sa façon de se démarquer d’une société qui cours de plus en plus vite vers des espaces qui parfois nous perdent, vers un consumérisme effréné qui parfois m’effraye un peu. Avec 4 adolescents à la maison je vois de près ce que la société produit. Je vois aussi à côté de cela, ou à cause de cela ? Des personnes qui cherchent de l’authentique, du local, du personnalisé pour des choses plus humaines, qui portent du sens. Enfin c’est ce que j’ai pu aussi entendre. S’entourer de belles choses, simples essentielles faites par soi-même fait partie aussi d’un art de vie qui n’est pas opposable à une certaine sobriété. Graver des tampons permet de s’approcher de cela. Par exemple j’ai offert à Noël des pâtes de fruit faites maison, qui ont séché depuis novembre. J’ai personnalisé l’emballage avec des tampons. Et ces petits cadeaux pourtant peu onéreux ont été ceux qui m’ont apporté le plus de joie à moi et à ceux à qui j’ai fait ce cadeau. Le tampon est vraiment une technique qui s’utilise de façon multiple dans la vie courante. Faire des belles étiquettes de contenants, personnaliser des torchons recyclés, des anciens draps qui se transforment en furoshiki, décorer son courrier. Ces petites choses donnent du sens à notre quotidien. Donc ces personnes qui se retrouvent dans ce que je dis, trouveront beaucoup de joie à découvrir la gravure de tampons. Tu me demandes 3 raisons, je vais donc résumer

  • Joie de décorer autour de soi en personnalisant, faire des jolies choses, oser et s’amuser
  • Joie de faire, créer quelque chose soi-même, cela nourrit intensément son être intérieur
  • Joie d’en faire quelque chose, offrir, partager, transmettre

Pour découvrir et suivre La Fabutineuse :

1 Commentaire

  1. Le Théorème des Petites Joies

    3 avril 2018 at 12 h 12 min

    Belle interview !! Vive la gravure de tampon, lino et aures ^_^

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