ENTREPRENDRE, Marketing, Parcours

Devenir teinturière et créer des couleurs sur mesure

Gaëlle est jeune et a pourtant longtemps chercher ce qui est devenu son travail. Un travail qui allie nombreuses de ses valeurs et qui réunit en une matière ce qui la fait le plus vibrer. Gaëlle est teinturière et n’utilise que des matériaux naturels et nobles. Elle a construit sa marque au fil des rencontres : Le temps file, dont le nom – à l’image de nos vies qui défilent toujours plus vite, en dit long sur ce qui l’anime. Je vous invite à découvrir son parcours qui je l’espère vous inspirera et vous aider vous aussi à trouver votre voie sans en perdre le fil.

 

1. Qui êtes vous ? quel est votre parcours ? comment est née votre marque Le temps file et votre passion pour la teinture ?

Je m’appelle Gaëlle, j’ai 29 ans (je le sais parce que c’était mon anniversaire il n’y a pas si longtemps, sinon le reste de l’année j’oublie quel âge j’ai précisément). Je suis passionnée par un peu près tout ce qui m’entoure : les couleurs, les feurs, le thé, les tissus, les relations humaines, la vie… Mon parcours : il n’est pas vraiment classique, il est dense, fait de nombreux virages et s’est construit au fl des années. Ce n’était pas une évidence. Mais une succession d’évènements, de rencontres et d’éléments qui s’imbriquent, un peu comme un patchwork, avec une constante, un fl conducteur : le textile et l’envie de partager.

Avec mes rêves d’enfant en tête, qui oscillaient entre archéologue, juge pour enfants, professeur des écoles ou encore artiste, je me suis lancée dans des études littéraires. Un séjour à Paris, un couple de profs de lycée passionnants, une visite de musée et c’est le déclic, voilà, j’avais trouvé : Guide conférencière dans les musées ou conservatrice du patrimoine. En bref, passer ma vie au contact d’oeuvres d’art. Mon Bac L en poche, direction la fac à Paris, à La Sorbonne. C’est parti pour trois années de double cursus en Lettres et Histoire de l’Art. Mais la vie nous réserve bien des surprises donc ce ne sera pas guide. Alors peut-être prof d’Histoire de l’Art? Non plus…

Et puis, un jour, au 152ème spectacle vu, ce moment en suspens où les tissus des costumes n’étaient plus ce qu’ils étaient vraiment, mais bien des personnages. C’était fascinant. Alors je serai costumière. Je veux assembler des tissus pour qu’ils deviennent des personnages. Je veux faire danser les matières et surtout faire partie du spectacle. Mais après une année de prépa artistique et un DMA Costumier Réalisateur, la réalité n’a pas été aussi belle que le projet…

Enfn une rencontre. Son aura m’a bouleversée. Une costumière teinturière toute pleine de lumière avec des couleurs et des plantes plein le coeur. Voilà c’est ça je serai teinturière! Mais exit les boîtes Dylon et compagnie, les couleurs ne proviendront que de plantes. Plusieurs formations confrmeront cette volonté de me lancer. Et me voilà aujourd’hui!

Comment est né Le temps file…

C’est toujours diffcile de résumer comment une histoire a commencé. C’est évidemment une histoire de fls, de trames, de textures et bien sûr de temps. Des fls entremêlés, qui se croisent et dansent ensemble au rythme des saisons. C’est une passion immodérée du textile et ensuite de la couleur. C’est le fruit d’une rencontre avec cette teinturière, puis d’autres et la promesse qu’il n’y aura plus un jour sans couleur dans ma vie. C’est l’envie de faire quelque chose de mes mains. De dire “je travaille dans mon atelier”. C’est la volonté de changer notre mode de consommation, de travailler de manière raisonnée les ressources de notre si belle planète. Et le tout très simplement.

2. Comment s’est construite votre marque et son univers créatif comme visuel qui l’entoure ? Quelles valeurs défendez vous à travers elle ?

Ma marque s’est construite petit à petit, (et encore aujourd’hui), en faisant des choix, en proposant de nouvelles créations et prestations, en explorant d’autres techniques ou domaines de création, en collaborant avec d’autres créateurs… Elle se construit tous les jours, mais je crois qu’elle est vraiment née en tant que marque, lorsque j’ai fait faire mon logo.

Le temps file c’est avant tout un nom. Je le voulais simple, doux et poétique. Le temps fle, c’est tout d’abord un jeu de mot entre le verbe fler et le fl qui fait référence bien évidemment au textile. C’est l’envie de fler le temps, de rendre visible le fil de l’existence… Le temps d’une vie, le temps qu’il faut pour réaliser une teinture, pour tisser un tissu… Je me suis aperçue que toutes les techniques qui m’attiraient (et que j’utilise aujourd’hui) prennent du temps. La teinture, le tissage, le crochet, le flage de la laine. On est loin de l’immédiateté de notre monde à grande vitesse. Je voulais jouer sur cette notion de temps que j’essaie de suspendre au travers de mes créations, mais qui continue inexorablement de filer.

Puis une image… Des couleurs, des nuances, des tissus et une écriture manuscrite, je voulais que ma nouvelle image de marque mette en avant mon activité principale : la teinture naturelle.

Ayant des compétences plus que limitées en dessin et informatique, j’ai demandé à Camille, de Studio Billie, de créer mon logo. Des tissus suspendus à un fil, rappelant les tissus qui sèchent après les bains de teinture. L’aquarelle et les nuances qui font référence aux couleurs créées. Une écriture manuscrite, comme un fl, rapide, un peu précipitée, qui exprime bien cette idée de temps qui fle à tout allure, mais aussi les notes que j’inscris partout lorsque je travaille et qui rappellent d’ailleurs les anciens carnets de teinturiers. Et enfn peut-être cette idée de linge étendu, qui évoque une certaine quotidienneté, la poésie du quotidien, la répétition du geste, le temps qui passe, le temps qui fle…

Mais surtout des valeurs : je m’impose depuis très longtemps trois valeurs : Respect, Tolérance et Mesure. Ce sont mes “fls” de conduite qui m’aident à faire des choix, à construire mon chemin et parfois à me remettre en question. Ces trois valeurs s’imbriquent constamment, ce qui fait que je les partage dans mon travail également.

Le respect de chacun, de vous, de moi et de l’environnement. Essayer de respecter ce que la nature nous offre en développant une activité beaucoup moins nocive et en utilisant la teinture naturelle de manière artisanale. Ce qui implique une production réduite qui s’accompagne d’une volonté de tout recyclé, (les tissus anciens, les vêtements donnés et les créations non vendues).

La mesure. Produire et consommer autrement, abandonner la production de masse et faire davantage de sur-mesure.

À cela s’ajoute aujourd’hui 3 autres valeurs : Le Partage, l’Amour et la Bienveillance.

Le partage est indispensable dans la création. On ne fait pas pour soi mais pour les autres. C’est pour cela que je vais mettre en place des ateliers teinture et textiles, afn de transmettre et partager ce savoir-faire pour qu’il puisse se diffuser.

L’amour, ce n’est peut-être pas une valeur, mais il est à l’origine de tout ce que je crée et je veux aussi le transmettre. L’amour de la couleur, des tissus, de leur association…

Enfn la bienveillance, qui me semble un peu oubliée aujourd’hui… Notamment celle envers les autres créateurs. On a pas besoin d’être en constante compétition ou concurrence avec les autres, même si nos univers se ressemblent. Il y a des connexions qui peuvent naître et c’est ce que j’essaie de chercher en multipliant les collaborations et les rencontres.

3. Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Les personnes, comme les lieux, je crois que tout m’inspire.

Des personnes.

Je trouve l’inspiration absolument partout, mais si on parle de personnes inspirantes, je pense directement à mes formateurs et plus particulièrement Sandrine Rozier et Michel Garcia à qui je dois ma passion et mon envie de me lancer. Ensuite mes artistes préférés, dont les histoires me fascinent et tout particulièrement Sonia Delaunay, que j’admire énormément. Et enfn les personnes qui partagent la même passion que moi pour la couleur et le textile et qui ont réussi à en faire leur métier. Je pense à Kirsty que j’ai découverte en Écosse sur l’île de Skye, qui tient une maison d’hôte/restaurant (the Glenview). Mais qui propose aussi des créations en teinture naturelle et la cerise sur le gâteau : elle a un petit troupeau de moutons dont elle file la laine ?. Le rêve absolu !

Des lieux

Il y en a tellement! Tout d’abord il y a celui dans lequel j’habite. C’est bête, je me persuade que je ne suis pas matérialiste, mais j’aime être entourée de beauté, de beaux objets et vivre dans un joli appartement. C’est très important pour moi. Peut-être parce que j’y passe 80% de mon temps aujourd’hui mais surtout parce que c’est ma première source d’inspiration. C’est là que j’imagine de nouvelles créations déco, que je développe mon univers et mon identité.

Ensuite il y a les lieux qui me touchent. Je ne saurais vraiment l’expliquer, ça dépasse la raison, c’est sensitif, exclusivement de l’ordre de l’émotion. La couleur d’un ciel, le motif des feuilles dans le vent, le refet du soleil sur l’océan… C’est surtout dans la nature que je puise ma plus grande inspiration. Sans doute parce qu’elle n’est constituée que de couleurs, de motifs et de textures! Les bords de mer aux mille et unes nuances bleutées, les forêts aux arbres immenses et aux denses feuillages dont les couleurs évoluent au fl des saisons.

Et enfn, les voyages… Comment ne pas mentionner l’Écosse qui a fait chavirer mon coeur tout entier. Et dont j’espère, j’arriverai à traduire le souvenir en une collection.

4. Qu’est ce que l’aventure entrepreneuriale vous apporte et vous apprend ?

Énormément de choses !

Des challenges constants, des raisons d’être fère, de nouvelles compétences, un incroyable réseaux.

Et beaucoup de stress aussi… 😉

Une route, un chemin à suivre. C’est une véritable aventure, avec son lot de jolies choses mais aussi de diffcultés. Ça façonne complètement ma vie, mes journées, mes weekend, mes nuits…

J’apprends beaucoup sur moi, sur ce que je suis capable de faire, sur mes limites aussi. J’apprends sur les autres, le monde du travail. J’apprends aussi à me détacher du regard des autres (encore du travail de ce côté-là) et à relativiser, à ne pas me mettre dans tous mes états lorsque je ne n’ai pas réussi à faire ce que je voulais.

J’apprends à me dépasser, à gérer des situations jusque-là inconnues. Grandir, m’affrmer, me découvrir et savoir dans quelles directions je veux aller.

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