ENTREPRENDRE, Parcours

Elle a créé L’indispensable de la Couture

Framboise a croisé récemment mon chemin et j’ai découvert son travail à travers son site et les échanges que nous avons eus. Comme beaucoup d’entrepreneuses créatives que j’accompagne ou que je conseille, son parcours n’est pas monotone et un retour aux sources, à ses premiers amour : la couture, s’est imposé à elle. Comme beaucoup de ces femmes créatives aussi, son enfance et s grand-mère ont joué un rôle important dans la naissance et le développement de sa passion. C’est sûrement pour cela que son histoire me touche et me parle. Elle a créé un outil d’aide et de ressources pour les personnes qui comme elles sont addicts de couture : L’indispensable de la couture. Un classeur qui permet d’avoir toutes les réponses sous la main (aussi bien en termes de choix de tissus, de patronage ou encore de métrage) quand on coud ou quand on prépare un nouveau projet. J’ai voulu en savoir plus sur sa vie d’entrepreneuse et je suis ravie de partager avec vous ses réponses et ses conseils.

1. Quel est mon parcours ?

Je suis née au milieu des épingles, tissus et autre machine à coudre. Ma grand-mère était couturière, ma mère était couturière. Celle-ci faisait entièrement la garde-robe de ses six enfants. Je me rappelle très bien quand je m’allongeais sur la table du salon pour la regarder coudre, le nez sur sa machine. J’observais tout ce qu’elle faisait. Mais interdiction de toucher sa Bernina … c’était son joyau. Aujourd’hui je reproduis le schéma : personne n’a le droit de toucher à ma machine à coudre.

C’est donc tout naturellement que je me suis orientée à la fin de ma 3ème, vers un Brevet de technicien en Industrie de l’habillement dans une école publique des plus réputées. Ce diplôme n’existe plus aujourd’hui (nous étions en 1983 !) mais il était super complet : dessin de mode, moulage, patronnage, gradation, gamme de montage, étude sur mise en chaîne d’usine, j’en oublie certainement. 42 heures de cours par semaine et sur 3 ans, (eh oui, ça n’existe plus aujourd’hui), autant dire que le programme était chargé.

Malheureusement, à cette époque, ce domaine professionnel était très sinistré en France (l’exode vers l’Asie faisait rage) et j’ai dû me réorienter professionnellement parlant pour trouver du travail. Pendant les 30 ans qui ont suivi, j’ai exercé différents métiers qui n’avaient aucun point commun avec la couture mais qui m’ont permis d’acquérir des compétences qui me sont très utiles aujourd’hui : la comptabilité (secrétaire comptable), la gestion administrative d’une société (assistante de direction) puis la création de sites internet (j’ai monté ma société que j’ai vendue revendue à un groupe informatique) et le management d’équipes (directrice informatique). Mais pendant toutes ces années, je n’ai jamais lâché ma machine à coudre : création de modèles, de patrons, couture pour mes enfants et les ami(e)s, dont plusieurs robes de mariées.

C’est lorsque j’ai été licenciée de mon dernier poste de Directrice Informatique pour raisons économiques, que mon mari me soutenait et que mes enfants volaient (presque) de leurs propres ailes que j’ai décidé de revenir à ma passion et de travailler enfin dans la couture et la création.

J’ai alors lancé mes cours de couture et j’ai pensé Indispensable de la couture … jour et nuit, nuit et jour.

2.Comment est né votre Indispensable ? Quelles ont été les étapes de sa conception (du projet à la mise en vente) ?

Lorsque que j’ai mis en place mes cours de couture, il était évident qu’il fallait un minimum d’organisation. Je me suis tout naturellement replongée dans mes propres cours suivis à l’école. Comme nous apprenions aussi bien à coudre que le fonctionnement d’une usine de production, j’avais de bonnes bases pour tout ce qui était de la construction d’une collection jusqu’à son archivage en passant par le choix des matières, le classement, les données techniques etc…, j’avais de quoi me structurer un minima.

Mon constat était simple : j’avais accumulé des patrons et des tissus pendant plus de 30 ans. Et c’était … le bordel : j’étais incapable de me souvenir de ce que j’avais et j’achetais de nouvelles choses alors que j’avais tout ce qu’il me fallait dans mes placards et autres boîtes sans même m’en souvenir. Ce qui m’agaçait prodigieusement aussi, ce sont toutes les informations notées sur des feuilles volantes qui s’étaient belles et bien envolées quand j’en avais besoin : les conversions de mesures anglo-saxonnes, mes bases de calcul de métrage, etc.

Et puis, j’avais envie de garder trace de mes réalisations pour 2 raisons : noter les difficultés rencontrées et les solutions apportées – c’est toujours plus pratique que d’essayer de s’en souvenir quand on en a besoin – mais aussi les inspirations glanées ici et là, qui quand elles ne sont pas notées disparaissent dès qu’une nouvelle pointe son nez.

Et le graal : créer un « journal de bord » de ma couture, à l’image du journal de bord du marin qui note toutes les anecdotes, les rencontres, les galères et les joies tout au long de son voyage.

Au départ, L’Indispensable de la couture était à usage personnel.  Mon recueil, ma bible, mon histoire d’amour avec la création, mon exutoire.

Il est devenu ce qu’il est aujourd’hui grâce (ou à cause ????) de mes élèves qui l’ont vu, feuilleté et qui ont voulu le même pour elles. Il s’est concrétisé quand une amie (qui était dans ma classe dans l’école de couture) m’a dit que l’idée était géniale.

3.Quels obstacles avez-vous rencontrés dans vos démarches et quels challenges avez-vous relevés ?

Des obstacles dans mes démarches, je n’en ai pas vraiment rencontrés. L’Indispensable de la couture est une activité supplémentaire à mon activité de cours de couture. Il s’est donc implémenté dans une structure déjà existante. De plus, mes expériences professionnelles antérieures m’ont permis de créer et gérer ma société de façon sereine et sans surprise.

Les challenges que j’ai du relever ont plus été au niveau de la création à proprement parlé de L’Indispensable de la couture. Au niveau du contenant (mise en page, graphisme, etc.), tout était ok car je connais les logiciels de référence pour l’impression.

Ce qui a été beaucoup plus compliqué pour moi est de trouver la solution pour le contenant. Je voulais quelque chose de beau, de naturel, d’écologique et fabriqué en France ou tout au moins en Europe, ce qui est très important pour moi. Je voulais 2 versions : une version à spirales pour le côté simple et à un tarif moindre et une version classeur, modulable à souhait, avec la possibilité de le compléter au fur et à mesure des besoins.

Pour la version à spirales, j’ai trouvé facilement un imprimeur à coût raisonnable. Pour la version classeur, j’ai bricolé (le mot est très juste !) un prototype et j’ai contacté plusieurs sociétés de packaging. Les prix étaient exorbitants et le coût de revient générait un prix de vente indécent.

Pendant plusieurs mois, j’ai cherché la solution, j’ai envisagé maintes façons de faire. Mes contraintes étaient multiples : rapide à monter, peu cher, écologique … parce que je m’étais résignée à le faire moi-même … pour chaque commande (mais ce qui est aujourd’hui un point fort de mon concept !).  J’ai fini par trouver la bonne matière (un papier dit « vegan » à partir de cellulose et de latex), fabriqué en Allemagne à un coût raisonnable. Ensuite, j’ai cherché le meilleur fournisseur d’anneaux de classeurs et d’élastique pour maintenir le classeur fermé. J’ai également demandé à une société allemande de me façonner des étiquettes logotées dans la même matière que le classeur. Tout cela m’a pris plus de 4 mois avec beaucoup de découragements et de remises en cause. Cette étape m’a demandé beaucoup de conviction et de persévérance dans l’avenir de mon projet.

Ce qui me fait penser que je n’aurais pas traversé cette étape si j’avais eu les moyens financiers nécessaires. Je ne pouvais pas demander de l’aide à une banque car ma société n’était pas assez solide. J’ai tenté une campagne de crowdfunding qui n’a pas marchée, étant suivie à l’époque par une toute petite (mais vraiment toute petite) communauté. Mais, résultat des courses, je suis heureuse d’avoir pu mener jusqu’au bout mon projet sans abandonner face aux difficultés.

4.Quels conseils donneriez-vous aux entrepreneuses et porteuses de projet qui souhaitent se lancer ?

Il y a 2 conseils que je pourrais donner facilement.

Le premier, que j’ai appris il y a plusieurs années déjà et que je mets sans cesse en pratique est simple : les échecs sont des apprentissages. A chaque échec rencontré, il est important d’analyser ce qui n’a pas marché et ce qu’on aurait pu faire autrement. Et ce, même si l’échec se répète et se répète encore. De tests en essais, on trouvera la bonne solution. Et ce principe est valable dans tous les domaines de la vie !

Le deuxième est beaucoup plus récent. Même si l’argent manque, même si la priorité est autre, il faut savoir demander de l’aide. J’ai tout fait toute seule en grande partie par manque de moyens mais également par manque de confiance. J’étais convaincue de la qualité de mon produit, mais je n’avais aucune confiance dans l’intérêt que pourraient porter d’autres personnes à mon produit. Je me suis isolée (même si j’ai un soutien hors pair en la personne de mon mari), jusqu’à ce que je n’arrive plus du tout à sortir la tête de l’eau. Je n’arrivais plus à avancer ni à développer mon entreprise. J’en parlais autour de moi, mais je ne m’adressais pas aux bonnes personnes (amis, connaissances, famille). Leurs conseils sont bienveillants mais ne mettent pas le doigt sur le bon déclencheur. Certes, leurs avis peuvent être intéressants mais il ne faut pas se cantonner à leurs ressentis. Car, malgré leur compréhension, il ne faut jamais oublier que notre environnement personnel (financier, culturel, politique, physique, etc.) n’est pas celui de notre cible.

Alors j’ai appliqué une fois de plus le premier conseil que je vous ai proposé. Et j’ai testé le « Demander de l’aide ». J’ai eu alors un regard d’une personne qui connait les préoccupations et les blocages d’un petit entrepreneur. Le pointage bienveillant et expérimenté sur les améliorations à apporter m’ont fait prendre conscience que même si ses conseils ne m’étaient pas étrangers, j’avais relégué leur mise en place à « un jour, peut-être » alors que ce doit être la priorité avant toute autre chose d’urgent !!

Et le plus important, tous les doutes qui m’assaillaient depuis des semaines se sont transformés en but à atteindre…. Et ça c’est le carburant du moteur « Entreprenariat ».

 

 

Pour retrouver L’indispensable de la Couture :

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