ENTREPRENDRE, Parcours

Elle crée sa marque de cahier tout en faisant l’école à la maison

Eve Herrmann fait partie de ses découvertes un peu magiques que le web et les réseaux sociaux vous permettent. Je ne me rappelle plus le chemin exact que j’ai emprunté pour arriver jusqu’à chez elle mais je sais qu’encore une fois Instagram m’a permis une belle rencontre. Sensible à la pédagogie et aux modes d’apprentissage des adultes comme des enfants, son blog m’a tout de suite intéressée. Et de lecture en lecture, j’ai été séduite par son choix d’éducation libre. Eve fait partie de ses mamans qui font l’école à la maison et dont la façon de le/la vivre me fascine. C’est en effet une alternative qui m’a plus d’une fois traversée l’esprit notamment lors de situations scolaires délicates qui m’ont fait douter … Je ne sais pas si pour autant je serais/devrais un jour sauter le pas, notamment face à l’angoisse de ne pas savoir et la peur de ne pas y arriver. Mais quand j’ai découvert que cette maman de deux belles petites filles étaient aussi entrepreneuse et qu’elle avait lancé sa propre marque de cahiers, j’ai voulu en savoir plus sur son expérience… Ces réponses ont été pour moi comme une révélation et je ne doute pas qu’elles sauront aussi vous apporter de précieux conseils sur comment s’épanouir en tant que maman entrepreneuse avec des enfants en bas âge à la maison.

1. Vous avez créé votre propre marque de cahiers pour enfant, pouvez-vous nous expliquer votre concept et la genèse de cette marque ?

Notre marque de cahier était née d’un besoin de nos filles. Elles sont toutes les deux scolarisées à la maison et utilisent beaucoup le dessin dans leurs apprentissages. J’avais envie d’un support qui puisse allier dessin et écriture, de manière agréable et de bonne qualité afin de garder traces de leurs apprentissages, de leurs découvertes, de leur cheminement.

J’ai cherché cela dans le commerce et à part les cahiers de sciences naturelles qui alternent page blanche et page lignée, il n’y avait rien qui me convenait. Pendant un moment, j’ai imprimé des pages pour mes filles et je leur ai fabriqué des cahiers. Puis l’idée nous est venue de les fabriquer et de les vendre pour que d’autres enfants puissent en profiter ! Notre marque de cahiers étaient née.

Nos filles ont été très impliquées dans le processus de création, testant les différentes pages, cherchant avec nous un nom ou d’autres idées de cahiers. Cette phase de conception a été très riche pour notre famille. Nous avions envie de créer des cahiers de bonne qualité pour les enfants. Eux aussi ont droit à la qualité. Nous avons choisi un papier 100% recyclé, tout doux et agréable.

Nous espérons que ces cahiers deviendront uniques pour chacun de leur propriétaire, précieux avec toutes les idées qui prendront vie à l’intérieur. Les enfants aiment feuilleter leurs cahiers pour regarder ce qu’ils ont dessiné et noté. C’est un moyen merveilleux de prendre conscience du chemin parcouru, de voir leur progression et de se sentir fiers de leur travail. Nos cahiers sont parfaits pour les projets de sciences et d’observation de la nature, pour la poésie et les projets artistiques… les possibilités sont infinies !

“C’est un moyen merveilleux pour se souvenir et apprendre encore.”

2. Pourquoi le nom Cahier H ?

Nous avons longtemps cherché un nom. Ce fut d’ailleurs un moment intéressant avec les filles, de partages et de rigolades aussi. Puis finalement, c’est cette petite lettre qui s’est imposée à nous. H pour Herrmann (notre nom de famille), mais aussi H pour curiosité, H pour se questionner, H pour s’émerveiller…

(Les cahiers sont disponibles sur le site de la marque : www.cahiers-h.com et le blog de la vie de la famille Herrmann est tout aussi intéressant : http://www.eveherrmann.com/blog/ )

3. Vous travaillez de chez vous tout en faisant l’école à la maison pour vos deux filles, quelle organisation adoptez-vous ? quels challenges cela vous demander de relever ? 

L’idée que l’on ne peut pas travailler avec ses enfants à ses côtés est une idée moderne. Dans de nombreuses sociétés rurales, basées sur la terre, les enfants vivent avec leurs parents ou leur famille proche.

Ils voient leurs mères et les autres adultes travailler. Quand ils sont bébés, les mères les portent sur le dos pour aller travailler. Dès qu’ils marchent, ils jouent ensemble, à côté des adultes qui travaillent. Ainsi, les enfants observent, assimilent et pratiquent au côté des adultes. Ils assimilent et maitrisent les connaissances et les compétences dont il auront besoin plus tard.

Dans notre société moderne tout cela n’est même plus envisagé ! Pourtant si les enfants ont l’habitude depuis tous petits d’évoluer aux côtés de leurs parents qui travaillent, cela se passe de façon naturelle et fluide.

Aujourd’hui mes filles ont l’habitude de s’occuper quand je dois travailler, elles savent qu’elles pourront profiter de moi à un autre moment de la journée.

Évidemment, je ne suis pas aussi efficace que si je travaillais sans mes enfants. Cela demande de s’adapter et d’accepter de devoir produire un peu moins. Je privilégie donc les projets qui me plaisent vraiment et laisse de côté les autres.

Nous adaptons notre mode de vie à nos revenus et nous avons appris à consommer moins pour nous sentir plus libres et plus heureux !

Même si travailler avec nos enfants à la maison n’est pas simple, c’est aussi très enrichissant, car je puise dans le temps que je passe avec mes filles ma ressource et mes idées. Elles me propulsent autant que je les propulse. Nous faisons équipe. C’est parfois un peu déséquilibré dans un sens ou dans l’autre, mais en fin de compte la balance se fait.

4. Quels conseils donneriez-vous aux mamans entrepreneuses dans une situation similaire et qui doivent constamment jongler entre les deux ?

Je pense que la première chose à faire pour rendre cela possible est de changer notre vision et notre rapport à l’enfant. Ça ne se fait pas du jour en lendemain, c’est un travail de longue haleine, mais ça en vaut la peine. Nous devons voir que les enfants sont des personnes capables, qui n’ont pas toujours besoin de nous. Je ne peux pas vous dire de quelle manière vous devez éduquer vos enfants, toutefois, si vous souhaitez pouvoir travailler avec eux à vos côtés, il vous faudra mener cette réflexion : comment aider vos enfants à grandir capables et autonomes, sachant s’occuper seuls ?

Pour ma part, c’est la pédagogie Montessori qui m’a guidée dans cette réflexion, mais ça n’est pas la seule à proposer une vision différente de l’enfant. Car travailler avec un enfant qui n’a pas développé son autonomie sera une chose difficile. Mon travail avec les filles répose principalement sur cette question d’autonomie. Je les aide à développer leurs techniques de travail, à faire des recherches, à se lancer dans leurs propres projets et à suivre leurs idées. Ainsi, elles ne sont pas complètement dépendantes de moi et démunies quand je dois travailler.

Une autre chose qui m’aide est qu’il n’y a pas, chez moi, de frontière figée entre le travail et le reste de ma vie. Cela pourra peut-être vous sembler étonnant, mais c’est comme ça que cela fonctionne pour moi. Mon travail est né de mes passions, et ça n’est pas un problème pour moi qu’il fasse partie intégrante de ma vie, au contraire, c’est naturel. Je ne ressens pas le besoin de mettre de coté mon travail pour me consacrer à ma famille. Tout est imbriqué. Ce qui fait que mes filles ne voient pas le travail comme quelque chose d’ennuyeux et rébarbatif qui les prive de leur maman.

Je suis consciente que cela ne peut pas forcément marcher pour tout le monde, mais vouloir systématiquement tout séparer peut créer des tensions inutiles au sein de la famille – quand par exemple le créneaux tant attendu pour se mettre au travail ne se présente finalement pas, à cause d’un imprévu dû aux enfants.

Il faut avoir conscience qu’en travaillant avec ses enfants, il sera plus difficile de parvenir à séparer vie de famille et travail. Mais c’est encore une idée préconçue qu’il faille absolument que ça soit séparé pour se sentir bien. Au début surtout quand les enfants sont petits, il faut s’attendre à devoir travailler de manière entrecoupée. Il faut être réaliste, il va se passer un certain temps avec que vos enfants vous laissent travailler 3h d’affilée ! De ce fait vie de famille et travail sont immanquablement imbriqués.

Mais heureusement, les moments où l’on est pas assis à notre bureau à travailler sont tout aussi bénéfiques. Le cerveau se met en marche et les idées que l’on a développées avant vont grandir et faire leur chemin. On est alors libre d’écouter les idées qui se présentent, même nos idées les plus folles. J’ai remarqué que d’être contrainte de faire des pauses dans mon travail ne me retarde pas tant que cela. Je suis ensuite plus efficace car mon esprit a pris le temps de faire du tri et de décanter les idées !

Ever Herrmann est aussi auteur, elle vient de publier son premier livre aux éditions : Grandir librement

1 Commentaire

  1. Idées de cadeaux français pour Pâques – Vivre de sa créativité

    18 mars 2018 at 23 h 19 min

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