ENTREPRENDRE, Parcours

PARCOURS : ELLE DESSINE LE PATRIMOINE FRANCAIS

Quelques temps avant la mort de mon père, nous avions emménagé dans ce qui restait d’un château normand, au coeur du Pays de Caux. Nous avions posé nos cartons dans une vieille demeure à l’abandon, habitée par une énorme chouette, une descendance de chauve-souris et une petite colonie d’écureuils gloutons. J’avais 15 ans quand nous avons  investi cette nouvelle maison. Malgré le froid de l’hiver, les degrés en moins la nuit, le manque d’eau courante en période de gel, j’ai appris à aimer ces vieux mûrs d’un autre siècle, qui avaient su traverser le temps en restant debout, mais non sans peine…

Mon père était de ceux qui se sentent investis d’un devoir de mémoire et de préservation. Il disait souvent qu’il aurait voulu vivre au 18ième siècle. A défaut il s’était rapproché de cette époque, en acquérant un fragment de cette Histoire. La conservation de ce petit bout de patrimoine était devenue sa mission. Nous avons passé deux ans entre ses mûrs de briques roses à imaginer ce qu’ils avaient pu y voir, à chercher la porte d’un souterrain sans-doute imaginaire et à rêver d’un trésor caché entre deux conduits de cheminées.

De ces moments hors du temps, sont nés chez moi un profond respect et une grande admiration pour ces monuments de notre territoire. J’ai toujours apprécié l’Histoire de France et en particulier le siècle des Lumières, dont ce château est issu.  Je ne  connais pas grand chose en architecture cependant, mais une chose est certaine, je préfère l’ “ancien” au contemporain. Et pourtant, en tombant sur le site d’Anne, j’ai apprécié les mélanges des genres, moi qui me croyait plutôt conservatrice. Anne Létondot propose des illustrations sur mesure de bâtisses singulières et de monuments architecturaux. Intriguée par ses multi-casquettes, je me suis permise de lui poser quelques questions…

1. Quel est votre parcours Anne ? 

Toute petite, j’aimais déjà beaucoup « bricoler ». Customisation, perles, dessin, photographie, loisirs créatifs, couture… J’ai eu la chance de toucher un peu à tout ! Et puis, quand on grandit, on nous demande quel métier on veut faire. A 15 ans, on n’a encore très peu de recul sur la réalité du monde du travail. Alors je décide de faire des études en architecture. Qui ne me mèneront guère là où je le pensais !

Elles n’ont en effet pas été de tout repos, et j’ai vite compris que le domaine de la construction n’était pas représentatif de ce que je voulais faire « plus tard ». Autant dans l’activité même que dans l’ambiance qui y régnait. J’ai commencé à l’ENSA Normandie. En 2e année, je réalise un stage en agence, où les murs sont remplis de magazine d’architecture. Un déclic. En 3e année d’étude, je prends un grand bol d’air en partant en Erasmus en République Tchèque. Sur mon temps libre, je commence alors à collaborer avec des rédactions généralistes pour « me faire la main ».

De retour en France, je change de ville, et entame mon Master à l’ENSA Saint Etienne. Je prends un véritable plaisir à rédiger mon mémoire de fin d’étude sur la presse architecturale et le grand public. J’enchaîne avec un stage au sein d’une rédaction spécialisée dans le design. Durant ma dernière année, je fais figure du « vilain petit canard » qui ne souhaite pas travailler en agence classique. Mais peut m’importe, j’ai trouvé mon leitmotiv et j’arrive à faire mon bout de chemin ainsi.

2.Vous semblez avoir trois métiers : architecte, journaliste, illustratrice, quel est le fil rouge derrière tout cela ? Comment organisez-vous vos activités (est-ce clair pour vos clients) ?

Petit à petit, à travers mes expériences professionnelles et durant mes études, je me rends compte que c’est la valorisation de l’architecture qui m’intéresse. Le rapport qu’elle entretient avec le grand public. Aussi bien dans le domaine de la presse, que celui de la sensibilisation, l’illustration… Et il doit en avoir bien d’autres ! Le rapport au public m’importe beaucoup, plus que le détail constructif.

Aujourd’hui, je n’exerce pas en tant qu’architecte. Je me concentre sur deux activités : la presse spécialisée, et l’illustration de patrimoine. Ces activités sont complémentaires : elles permettent de rendre accessible l’architecture, le design, l’urbanisme à un large public. Mon activité d’illustratrice de patrimoine me permet de renouer également avec la création et les outils de dessin côtoyés durant mes études. Le journalisme occupe la majeure partie de mon temps, mais j’aimerai, à terme, renverser la balance.

3.Comment vous est venue l’idée de proposer vos illustrations de monuments du patrimoine français ?

Vous avez sans doute en tête les aquarelles ou les peintures représentant de belles maisons, des châteaux… Et bien j’avais envie de ça, mais en plus contemporain. Durant mes études, j’appréciais vraiment réaliser les « élévations » de mes projets – ce sont les dessins des façades, tout simplement. C’est là que le déclic se fait. L’été dernier, je réalise ma première illustration pour mon mariage, afin d’illustrer de la papeterie avec le dessin de l’église où on s’est marié. Mais je ne pense pas encore à en faire mon métier. Quelques temps plus tard, une balade à l’abbaye de Royaumont dans le Val d’Oise me conforte dans l’idée d’illustrer les belles architectures. Je prends du plaisir à dessiner ce patrimoine, pourquoi ne pas en faire mon métier ? Parce qu’il n’y a rien de mieux que de ne pas avoir l’impression de travailler en travaillant !

4.Nombreuses sont les entrepreneuses qui aiment cumuler les activités mais ne savent pas toujours comment articuler le tout, quels conseils leur donneriez-vous ?

L’organisation est la clé ! J’ai plusieurs outils qui me facilitent la tâche.

Tout d’abord, je suis une grande fan des To-do-list, que j’aime voir se rayer au feutre fluo au fur et à mesure. (le fluo est important, ça marche moins bien quand c’est barré au stylo noir ! )

Aujourd’hui, de plus en plus d’outils informatiques permettent de nous développer toujours plus et mieux. J’ai choisi Airtable et Trello. Ce dernier est permet d’organiser des tâches et de cibler les priorités. Comme une To-do-list numérique, qu’on ne permet pas sous un tas de papiers volants qui trainent sur le bureau ! Airtable est un outil formidable. Sur tablette, ordinateur ou téléphone , il me permet de gérer à la fois les commandes d’illustration, les deadlines d’articles, les projets à venir, le tout dans un tableur géant qui peut aussi être visualisé en calendrier. Je peux visualiser en un coup d’oeil toutes les commandes en cours, ou celles en attente d’une réponse client. Pratique !

Aussi, j’ajouterai qu’il faut éviter de remettre au lendemain ce que l’on peut faire de suite. Ça n’engendre qu’une dose de stress supplémentaire et inutile.

Un dernier conseil, bien qu’un peu éloigné de la thématique de l’organisation. Toujours croire en ses projets ! Je vous livre ma citation préférée : « If your dreams don’t scare you, they’re not big enough ».

>>Retrouvez et suivez le travail d’Anne sur Instagram : @illsutrations_patrimoine <<

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